Petit et ramassé, le garçon marchait à l’envers. C’était l’un de ces funambules du quotidien qui avance tête baissée.

Bien qu’il n’ait jamais obtenu le moindre diplôme à l’école (et pour cause, Célestin Filliou avait quitté le cours élémentaire à l’âge de 8 ans), le Polyméthacrylate de méthyle n’avait pourtant aucun secret pour lui. Il savait, par exemple, que la transition vitreuse de ce polymère s'effectuait à 105 °C précisément. Pas un degré de plus, pas un de moins.
Son métier depuis plus de 15 ans maintenant, consistait à veiller sur ces énormes cuves pour qu'elles brassent ce foutu plastique à bonne température.
Pour cela, Célestin n’avait besoin d’aucun instrument. A l’œil seul, au travers du regard qui équipait chaque cuve, il savait la juger. Il se fiait, disait-il d’un ton savant « uniquement à sa viscosité ! ». D’ailleurs, à l’usine, il avait acquis une certaine notoriété du fait même de cette étonnante faculté.
Grande et svelte, la fille courait avec une grasse divine sur le trottoir. C’était l’une de ces déesses « black » qui traversent comme l’éclair une journée toute à fait ordinaire.
Geindre.